Octobre commence demain et son nom est une erreur de 2000 ans
Par Sam Arkwell · publié le 30 septembre 2026
Demain matin, le monde entier tournera la page de son calendrier vers un mois dont le nom affirme tranquillement une fausseté. Octobre vient de octo, huit en latin, tout le monde l’a appris, et octobre est le dixième mois de l’année, tout le monde le sait. Ce mensonge d’étiquette a un peu plus de deux mille ans, une explication limpide, et une morale savoureuse sur ce que les humains acceptent de ne jamais réparer.
Pourquoi octobre porte-t-il un nom de huitième mois ?
La réponse courte : parce que l’année romaine primitive commençait en mars. Dans ce calendrier-là, octobre était bien le huitième mois, comme septembre le septième, novembre le neuvième et décembre le dixième, leurs noms disaient simplement leur rang. L’installation de janvier et février en tête d’année a décalé tout le monde de deux places, et personne, en deux millénaires, n’a jugé utile de renommer les quatre retardataires.
Le calendrier des origines, attribué à Romulus par la tradition, comptait dix mois, de mars à décembre, ouverts sur le printemps et les campagnes militaires, Mars oblige. Les quatre derniers portaient des numéros en guise de noms, september, october, november, december, septième, huitième, neuvième, dixième, une nomenclature de facture administrative. L’hiver, lui, restait un trou sans mois, une soixantaine de jours hors calendrier, détail qui dit assez le rapport pragmatique des premiers Romains au temps, on ne compte pas ce qui ne sert à rien.
La réforme attribuée au roi Numa Pompilius comble le trou en ajoutant janvier et février, et l’année finit par s’ouvrir en janvier, mois de Janus, le dieu aux deux visages qui regarde l’année passée et la suivante, symbole trop parfait pour être refusé. Le décalage est né, les mois numérotés glissent de deux rangs, leurs noms restent. La France mettra d’ailleurs près de deux mille ans à stabiliser son propre jour de l’an, l’édit de Roussillon de 1564 imposant le 1er janvier à des provinces qui ouvraient l’année à Pâques ou à Noël, selon l’usage local.
Deux mois corrigés, quatre oubliés, et la morale
Le plus piquant de l’histoire est que deux mois numérotés, eux, ont été rebaptisés. Quintilis, le cinquième, devient julius en l’honneur de Jules César, réformateur du calendrier, notre juillet. Sextilis, le sixième, devient augustus pour l’empereur Auguste, notre août, dont la légende des 31 jours a été démontée ici même. Le pouvoir romain savait donc parfaitement renommer un mois, il l’a fait deux fois, pour flatter deux hommes, et jamais pour corriger quatre erreurs, hiérarchie des priorités qui n’a pas pris une ride.
Les tentatives de remise à plat ont existé, et leur destin achève la démonstration. Le calendrier républicain français, avec ses mois rationnels et poétiques, brumaire, frimaire, thermidor, ses semaines de dix jours et son heure décimale, a duré treize ans avant que l’usage ne l’emporte, et les calendriers réformés proposés depuis, année fixe de treize mois en tête, dorment dans les cartons des institutions, ceux-là mêmes que documentent les éphémérides de l’IMCCE. Le nom d’un mois est une convention d’usage, pas une donnée de calcul, et l’humanité a tranché, on répare ce qui fausse les comptes, on garde ce qui ne gêne personne.
Octobre entre donc demain dans son troisième millénaire de mensonge tranquille, et il ne viendra pas seul, le mois apporte son grand rétrécissement des jours et, à son dernier dimanche, le passage à l’heure d’hiver. Autant d’occasions de lever les yeux vers le calendrier, ce vieux monument d’à-peu-près géniaux, où même les erreurs ont fini par devenir du patrimoine.
Vos questions
Pourquoi octobre s'appelle-t-il octobre s'il est le dixième mois ?
Parce que le calendrier romain primitif commençait en mars : octobre, de octo, huit, était bien le huitième mois de cette année-là, comme septembre le septième, novembre le neuvième et décembre le dixième. L'ajout de janvier et février en tête d'année a décalé tout le monde de deux rangs, et les noms n'ont jamais été mis à jour.
Quand janvier est-il devenu le premier mois de l'année ?
Chez les Romains, janvier et février sont ajoutés très tôt, attribués au roi légendaire Numa Pompilius, et le début d'année administratif glisse vers janvier dès l'Antiquité. En France, c'est l'édit de Roussillon de 1564 qui fixe officiellement le 1er janvier comme jour de l'an, mettant fin à des débuts d'année variables selon les régions, souvent à Pâques.
Quels mois portent encore un numéro décalé ?
Les quatre derniers : septembre (7e devenu 9e), octobre (8e devenu 10e), novembre (9e devenu 11e) et décembre (10e devenu 12e). Les autres mois numérotés du calendrier primitif ont été rebaptisés : quintilis, le cinquième, est devenu juillet en l'honneur de Jules César, et sextilis, le sixième, est devenu août pour l'empereur Auguste.
Pourquoi n'a-t-on jamais corrigé les noms des mois ?
Parce qu'aucune réforme n'a jugé le jeu d'en valoir la chandelle : le nom d'un mois est une étiquette d'usage, pas une donnée de calcul, et les tentatives de calendriers rationnels, comme le calendrier républicain français et ses brumaire ou thermidor, ont montré la force de l'habitude en disparaissant en quelques années. L'erreur d'étiquetage traverse donc les siècles, parfaitement inoffensive.