Pourquoi septembre n'a que 30 jours, la faute aux Romains
Par Sam Arkwell · publié le 28 septembre 2026
Après-demain soir, septembre rendra les clés au bout de trente jours exactement, et presque personne ne se demandera pourquoi trente plutôt que trente et un. La réponse traverse deux mille ans, un dictateur réformateur, un empereur soupçonné de vol de jour, et une erreur de numérotation jamais corrigée qui fait que le neuvième mois s’appelle « septième ». L’histoire vaut d’être racontée avant que le mois ne s’achève.
Pourquoi septembre n’a-t-il que 30 jours ?
La réponse courte : parce que Jules César l’a décidé en 46 avant notre ère, en réformant un calendrier romain devenu chaotique. Sa réforme a fixé l’alternance de mois de 31 et 30 jours que nous suivons toujours, et septembre a reçu 30 jours dans la distribution. Quant à la fameuse histoire d’Auguste volant un jour à septembre par vanité, elle est probablement une légende.
Le point de départ est le désordre. Le calendrier romain d’avant César, lunaire et bricolé, dérivait tellement que les mois d’hiver tombaient en automne, les prêtres ajoutant des jours au gré de la politique. César, conseillé par l’astronome Sosigène d’Alexandrie, impose en 46 av. J.-C. le calendrier julien, solaire, 365 jours et un bissexte tous les quatre ans, l’ancêtre direct du nôtre, à la correction grégorienne près décrite dans les publications de l’IMCCE.
Dans cette réforme, les longueurs de mois sont redistribuées, et septembre écope de 30 jours. Le motif exact de la répartition, alternance imparfaite de 31 et 30, se discute encore, mais la structure tient depuis vingt siècles.
Auguste a-t-il volé un jour à septembre ? Le procès de la légende
L’histoire préférée des amateurs de calendrier met en scène l’ego impérial. Auguste, successeur de César, obtient que le mois sextilis soit renommé augustus en son honneur, comme quintilis était devenu julius pour César. La légende ajoute qu’août ne comptant que 30 jours contre 31 à juillet, l’empereur aurait exigé l’égalité, volant un jour à février et réarrangeant la fin d’année, d’où le 30 de septembre.
Le récit est séduisant, ancien, et probablement faux. Il n’apparaît que treize siècles après les faits, sous la plume d’un érudit médiéval, et les reconstitutions du calendrier julien d’origine suggèrent qu’août avait déjà 31 jours dès César. Les historiens penchent donc pour une répartition césarienne d’origine, la vanité d’Auguste s’étant contentée du nom, ce qui n’était déjà pas rien.
Reste l’erreur que personne n’a jamais corrigée, et elle est plus savoureuse que la légende. Septembre signifie septième mois, de septem, alors qu’il est le neuvième, l’année romaine primitive commençant en mars. Octobre, novembre et décembre traînent la même étiquette fausse, huitième, neuvième et dixième décalés de deux, et l’humanité écrit ce petit mensonge sur ses agendas depuis plus de deux mille ans sans que personne ne propose sérieusement d’y toucher.
La comptine, les phalanges et les réformes mortes
La mémoire des longueurs de mois a produit ses outils populaires. La comptine, « trente jours ont septembre, avril, juin et novembre », circule depuis le Moyen Âge dans la plupart des langues européennes, et l’astuce des phalanges rend le même service en silence, les mois comptés sur les bosses et creux du poing, bosses à 31, creux à 30, février faisant creux d’exception.
Des esprits rationnels ont pourtant tenté de tout simplifier, et l’épisode est oublié. Le calendrier fixe international, 13 mois de 28 jours pile, fut sérieusement étudié par la Société des Nations dans l’entre-deux-guerres, un géant américain de la photographie l’utilisant même en interne pendant des décennies. L’échec tint à un détail théologique, les jours hors semaine nécessaires au compte cassaient le cycle sacré des 7 jours, et les cultes s’y opposèrent unanimement.
L’irrégularité romaine a donc gagné, et elle règle jusqu’aux calculs modernes du site, les 30 jours de septembre pesant sur la lumière d’octobre comme sur tous les décomptes. Le calendrier rejoint ainsi la base 60 des Babyloniens, racontée dans notre article sur les 60 minutes, au club des bricolages antiques indéboulonnables.
Ce que le mois qui s’achève enseigne
Mercredi, octobre prendra le relais avec ses 31 jours, et la mécanique céleste, elle, continuera d’ignorer nos découpages, l’automne ayant commencé à 2h05 précises sans consulter César. C’est peut-être la leçon du dossier, le temps que nous vivons est un compromis entre le ciel, qui impose l’année, et l’histoire, qui a découpé le reste.
Septembre s’achève donc à 30, comme depuis vingt siècles, numéroté sept en étant neuf, soupçonné d’un vol qu’Auguste n’a probablement pas commis. Les calendriers sont les plus vieux logiciels du monde, pleins de code hérité que plus personne n’ose toucher, et ils tournent remarquablement bien pour leur âge.
Vos questions
Pourquoi septembre a-t-il 30 jours ?
Héritage romain : le calendrier de Jules César (46 av. J.-C.) a fixé l'alternance des mois de 31 et 30 jours que nous utilisons encore, et septembre a reçu 30 jours dans la distribution. La légende d'Auguste volant un jour à septembre pour égaler César est séduisante mais contestée par les historiens, la structure venant probablement de César directement.
Pourquoi septembre signifie-t-il « septième » alors qu'il est le neuvième mois ?
Parce que l'année romaine primitive commençait en mars : septembre (septem, sept) était bien le septième mois, suivi d'octobre (8e), novembre (9e) et décembre (10e). Le déplacement du début d'année au 1er janvier a décalé tout le monde de deux rangs sans renommer personne, d'où quatre mois qui portent un numéro faux depuis plus de deux mille ans.
D'où vient la comptine des mois de 30 jours ?
« Trente jours ont septembre, avril, juin et novembre » : la comptine mnémotechnique circule en Europe depuis le Moyen Âge, en français comme en anglais (Thirty days hath September). L'astuce des phalanges, qui compte les mois sur les bosses et creux du poing, rend le même service sans rime.
Le calendrier pourrait-il être plus régulier ?
Des réformes ont été sérieusement étudiées, comme le calendrier fixe international à 13 mois de 28 jours, envisagé par la Société des Nations dans les années 1920-30. Toutes ont échoué, notamment sur la question des jours hors semaine qui cassent le cycle religieux des 7 jours, et l'héritage romain continue de régler nos vies.